Publié le 29 juillet 2026

Chatwick : comment j’ai construit et publié un chatbot IA pour les sites WordPress africains.

Étude de cas : comment j'ai conçu et publié Chatwick, un chatbot IA pour WordPress qui répond depuis le contenu de votre site, payable en FCFA.

Étude de cas : de l’idée à la publication sur le dépôt officiel WordPress.org, avec les choix techniques et les contraintes bien réelles du marché ouest-africain.

L’intelligence artificielle conversationnelle est partout. Pourtant, quand une PME sénégalaise, une agence de voyage à Abidjan ou un site e-commerce à Bamako veut ajouter un assistant à son site, elle se heurte vite à un mur : les solutions existantes sont chères, pensées en anglais, facturées à l’usage en dollars via carte bancaire, et surtout génériques. Un chatbot qui « connaît tout Internet » mais rien de votre entreprise n’aide pas votre visiteur à trouver vos horaires, vos tarifs ou vos conditions de livraison.

C’est ce constat qui a donné naissance à Chatwick, un plugin WordPress qui ajoute un chatbot IA répondant à partir du contenu de votre propre site, payable en francs CFA. Voici comment je l’ai construit, et ce que j’en ai appris.

Le constat : une IA puissante mais hors-sol

Un grand modèle de langage seul a deux problèmes pour un usage professionnel local.

D’abord, il invente. Faute de connaître votre entreprise, il « hallucine » des réponses plausibles mais fausses. Inacceptable quand un client demande votre politique de retour.

Ensuite, il est inaccessible économiquement. La facturation au token, en devise forte, avec une carte bancaire internationale, exclut de fait une grande partie des entrepreneurs de l’espace UEMOA.

Le besoin était donc clair : un assistant fiable (qui répond depuis une source de vérité), simple (installable en quelques minutes sur WordPress) et accessible (prix prévisible, paiement local).

L’idée : un chatbot qui répond depuis VOTRE contenu

La réponse tient dans une technique appelée RAG (Retrieval-Augmented Generation, ou génération augmentée par la recherche). Le principe, expliqué simplement :

  • On indexe le contenu du site (pages, articles) en le découpant en petits passages.
  • Quand un visiteur pose une question, on cherche d’abord les passages les plus pertinents du site.
  • On donne ces passages au modèle IA en lui demandant de répondre uniquement à partir d’eux.

Résultat : le bot répond avec les mots de votre site, cite ses sources, et « ne sait pas » plutôt que d’inventer quand l’information n’existe pas. C’est la différence entre un perroquet et un assistant qui a lu votre documentation.

Sous le capot : trois briques qui se parlent

Chatwick n’est pas un simple plugin, mais trois composants qui collaborent.

Le plugin WordPress, ce que l’utilisateur installe. Il gère le widget de chat côté visiteur, l’écran de réglages, la synchronisation de la base de connaissances et l’historique des conversations. Il ne contient aucune clé sensible : il dialogue avec le service via une clé de compte propre à chaque site.

L’API (le back-office SaaS), le cœur métier : authentification par clé-site, facturation, quotas, et relais vers l’IA. Une règle simple y est gravée : une clé égale un site, plusieurs clés partageant le solde d’un même compte. Une agence peut ainsi gérer plusieurs sites depuis un seul tableau de bord.

Le service RAG, un service dédié qui indexe le contenu (stocké sous forme de vecteurs dans une base PostgreSQL avec l’extension pgvector), retrouve les passages pertinents et interroge un modèle Claude d’Anthropic pour formuler la réponse. La synchronisation du contenu se fait automatiquement en arrière-plan, et un contenu inchangé n’est jamais réindexé inutilement.

Cette séparation en trois briques n’est pas gratuite : elle permet de faire évoluer l’IA sans toucher au plugin, et de garder le plugin léger et auditable, condition indispensable pour être accepté sur WordPress.org.

Les vrais défis : penser pour le contexte local

La partie IA, aussi impressionnante soit-elle, n’a pas été la plus difficile. Les vrais défis étaient ailleurs.

Facturer à la conversation, pas au token

Facturer au token est logique pour un ingénieur, mais illisible pour un commerçant. J’ai choisi un modèle prépayé, où 1 crédit égale 1 conversation : un visiteur qui échange sur une fenêtre de temps donnée compte pour un seul crédit, quel que soit le nombre de messages. Le client sait exactement ce qu’il achète.

Autour de ce principe, j’ai construit une comptabilité fiable : un registre de débits qui trace chaque conversation facturée, une estimation de l’autonomie en jours (« à votre rythme actuel, il vous reste environ 10 jours »), des alertes progressives, et même une réserve de secours optionnelle pour éviter que le chatbot ne se coupe brutalement à zéro. La priorité absolue, à chaque étape : la fiabilité et la sécurité, jamais une dette technique laissée derrière.

Le paiement, ce point de blocage classique

Sans paiement local, un produit pour l’Afrique de l’Ouest reste une démonstration. Chatwick s’appuie sur PayTech pour encaisser les recharges en francs CFA, avec les moyens de paiement mobiles de la région, et couvre plusieurs pays de l’UEMOA (Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Bénin). Le visiteur recharge en quelques clics, sans carte bancaire internationale.

La fiabilité sur des réseaux irréguliers

Un outil destiné à ce marché doit rester robuste quand la connexion est capricieuse. Cela impose des choix concrets : validation stricte des données, contrôle de la qualité du code (analyse statique et tests automatisés), déploiement continu maîtrisé et supervision des ressources du serveur.

Publier sur WordPress.org : le dernier kilomètre

Mettre un plugin en ligne sur son serveur est une chose. Le faire accepter sur le dépôt officiel WordPress.org en est une autre. Il faut respecter des règles précises : internationalisation complète des textes, échappement systématique des sorties, vérification des permissions et des jetons de sécurité, désinstallation propre, et un fichier readme.txt conforme. La distribution se fait ensuite via SVN (un système qui surprend quand on vient de Git), avec icône, bannières et captures d’écran.

Chatwick est aujourd’hui publié et disponible sur le dépôt officiel, ce qui signifie qu’il passe la revue de l’équipe WordPress et peut être installé par n’importe quel site en quelques secondes.

Un produit vivant

Un logiciel publié n’est pas un logiciel terminé. Depuis la mise en ligne, Chatwick continue d’évoluer : anti-coupure des crédits avec alertes en jours et recharge en un clic, programme partenaire pour les agences et revendeurs, internationalisation complète de l’interface. Chaque évolution suit la même discipline : valider avant de livrer, ne jamais sacrifier la sécurité à la vitesse.

Bilan et prochaines étapes

Construire Chatwick, c’était bien plus qu’intégrer une API d’IA. C’était résoudre une équation à plusieurs inconnues : rendre une technologie de pointe fiable, compréhensible et payable pour un marché trop souvent ignoré par les grandes plateformes.

Les leçons que j’en retire :

  • Le RAG change tout : un chatbot ancré dans une source de vérité est utile, un chatbot générique est un gadget.
  • Le modèle économique fait partie du produit : facturer à la conversation en FCFA a autant compté que la qualité des réponses.
  • La discipline paie : viser le dépôt officiel WordPress.org force un niveau d’exigence (sécurité, i18n, propreté) qui profite à tout le projet.

La suite ? Continuer à combler l’écart entre l’IA de pointe et les besoins réels des entreprises africaines, une fonctionnalité fiable à la fois.

Envie d'un chatbot qui répond vraiment depuis le contenu de votre site ?

Chatwick s’installe sur WordPress en quelques minutes, répond en français à partir de vos propres pages, et se recharge en francs CFA. Aucune carte bancaire internationale requise.