Publié le 30 novembre 2025

Deux jours pour transformer notre façon de raconter l’Afrique : retour sur un atelier de storytelling exceptionnel

Retour sur deux jours de formation au storytelling avec la Gates Foundation. De l'histoire de Fatima aux techniques de narration africaine authentique et impactante.

Il y a des moments dans une carrière de formateur où tout s’aligne parfaitement. L’atelier de narration que j’ai eu l’honneur d’animer pour la Gates Foundation en partenariat avec Chude Jideonwo en faisait partie. Deux journées intenses dédiées à une mission essentielle : « Centering our voices, Telling our truth » : apprendre à raconter les histoires africaines avec authenticité et impact.

Des voix qui comptent, venues de tout l’espace francophone

Ce qui m’a immédiatement frappé, c’est la qualité exceptionnelle des participants. Autour de la table : des journalistes spécialisés en santé et développement du Sénégal, des responsables communication venus du Niger, des experts en plaidoyer du Cameroun, des chargés de contenu créatif de Côte d’Ivoire et du Congo. Chacun portait en lui une expérience riche, des histoires à raconter, et surtout cette volonté commune de faire entendre la voix authentique de l’Afrique.

L’Afrique francophone n’est pas juste une partie de l’histoire africaine. Elle est l’histoire. Il existe une vague silencieuse mais puissante de transformation qui émane de ces régions, et il était temps de donner les outils pour la raconter dignement.

L’approche « L’Afrique d’abord » : plus qu’une méthode, une philosophie

Au cœur de notre travail : comprendre pourquoi les histoires africaines doivent être racontées par des Africains, avec leurs propres perspectives, leurs propres codes, leur propre regard. Nous avons exploré cette tension permanente entre les récits mondiaux imposés de l’extérieur et les réalités locales que nous vivons au quotidien.

La formule qui a guidé tous nos exercices ? Empathie + Pertinence + Action = Impact. Simple en apparence, révolutionnaire dans son application. Parce qu’une histoire sans empathie reste froide, une histoire sans pertinence ne trouve pas son public, et une histoire sans appel à l’action ne change rien.

L’histoire de Fatima : quand la narration devient révélation

L’un des moments les plus forts de ces deux jours restera l’exercice sur l’histoire de « Fatima ». En groupes, les participants ont travaillé sur le récit d’une jeune fille de 15 ans, envoyée à Dakar pour fuir la pauvreté, qui endure l’exploitation et les violences en silence.

Ce qui aurait pu rester un simple cas d’étude s’est transformé en quelque chose de bien plus puissant. Les participants ont su transformer des faits bruts en un récit qui touche, qui interroge, qui pousse à l’action. Ils ont compris que derrière chaque statistique se cache une Fatima, et que notre responsabilité en tant que communicants est de rendre visible l’invisible.

« Combien de Fatima vivent autour de nous, invisibles derrière les murs des maisons ? » Cette question, posée par l’un des groupes, résume parfaitement l’enjeu de notre travail : utiliser le storytelling non pas pour embellir la réalité, mais pour la révéler dans toute sa complexité.

Adapter sans trahir : l’art de la localisation

L’un des défis majeurs abordés pendant la formation était celui de l’adaptation des messages internationaux aux contextes locaux francophones. Comment prendre un message conçu pour un public global et le rendre pertinent pour nos communautés, sans en trahir l’essence ?

Nous avons travaillé sur des stratégies de localisation qui vont bien au-delà de la simple traduction. Il s’agit de comprendre les codes culturels, les références partagées, les sensibilités particulières de chaque région. Un message sur l’éducation des filles ne se raconte pas de la même manière au Sénégal qu’au Niger, même si l’objectif reste le même.

Les participants ont brillé dans cet exercice, démontrant leur maîtrise des subtilités culturelles de leurs régions respectives. Journalistes, communicants et experts en plaidoyer ont créé une synergie exceptionnelle, chacun apportant son expertise pour enrichir la réflexion commune.

Gérer la réputation dans un monde de désinformation

Un autre volet crucial de la formation portait sur la gestion de la réputation et la lutte contre la désinformation. Dans un contexte où les fake news circulent plus vite que la vérité, comment construire et maintenir la confiance ?

Nous avons exploré des techniques de communication stratégique, discuté des meilleures pratiques en matière de relations avec les médias, et surtout, travaillé sur l’importance du contexte dans toute communication efficace. Les réalités sociopolitiques et culturelles de l’Afrique francophone ne sont pas les mêmes que celles de l’Afrique anglophone, et nos stratégies de communication doivent en tenir compte.

Une transformation qui dépasse la technique

Ce qui m’a le plus marqué dans cette formation, ce n’est pas seulement l’acquisition de nouvelles compétences techniques par les participants. C’est cette prise de conscience collective de notre responsabilité en tant que conteurs africains.

Comme le dit si bien Chude Jideonwo : « Il y a un feu qui traverse l’Afrique, et c’est beau à voir. » J’ai eu la chance d’être témoin de ce feu pendant ces deux jours. Ce feu, c’est cette génération de communicants africains qui refuse les récits imposés de l’extérieur et qui prend en main la narration de son propre destin.

Vers l’avenir : des histoires qui changent le monde

Ces deux jours se sont achevés, mais le travail ne fait que commencer. Les participants repartent avec des outils concrets, des méthodes éprouvées, mais surtout avec cette conviction renouvelée que nos histoires ont le pouvoir de changer le monde.

Je tiens à remercier ma brillante collègue Yandé et toute l’équipe qui a rendu cette formation possible, ainsi que l’équipe Gates Foundation pour leur confiance. Mais surtout, je remercie tous ces professionnels exceptionnels qui, pendant deux jours, ont partagé leurs expériences, leurs questionnements, et leur passion pour une communication qui fait la différence.

L’Afrique a des histoires extraordinaires à raconter. Il nous appartient de les raconter avec excellence, authenticité et impact. C’est notre continent. C’est notre destinée. Et nos voix comptent.

Un parcours atypique au service de la narration

Les gens se demandent souvent comment un développeur peut en arriver à former au storytelling. La réponse est simple : je ne suis pas seulement développeur, mais également communicant certifié en marketing digital, inbound marketing et growth driven design de HubSpot.

Je suis reconnaissant envers Acosphere, avec Giles et Ndia Acogny, et BY FILLING. Les formations que j’y ai suivies me permettent aujourd’hui d’animer des sessions de storytelling, malgré mon profil technique. Cette double compétence transforme ma manière d’aborder le storytelling à l’ère numérique.

C’est peut-être cette combinaison inhabituelle qui m’a permis d’aborder cette formation avec un regard différent, en comprenant à la fois les aspects techniques de la diffusion des messages et la dimension profondément humaine du storytelling.

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